Le 06

En un petit mois d’utilisation de Facebook (et aussi de correspondances via ce blog), j’ai tellement été draguée que j’ai aujourd’hui assez de matière pour commencer une petite étude sociologique. Je passe outre le mystère que constitue pour moi ces sollicitations : outre le fait que je travaille pour La Musardine et que je sois une femme de 28 ans, on ne sait rien de moi. Je pourrais être chauve, édentée et couverte de pustules, ou plus simplement physiquement banale et terne, ça ne semble dissuader personne. Chaque jour, on me contacte pour me proposer qui de me prendre en photo, qui d’aller en club, qui de me montrer sa zigounette via webcam interposée, j’en passe et des meilleures.

J’ai déjà un peu abordé la question des lolistes dans de précédents billets (voir notamment la catégorie « courrier des lecteurs »), mais ils ne suffisent pas forcément à définir la population des dragueurs on line, qui connaît une compartimentation aussi subtile qu’intéressante. Puisque les billets ironiques que je publie ici sur les sollicitations de mes courtisans ne suffit pas à les dissuader (au contraire, j’ai l’impression que ça les excite), et encouragée à continuer par quelques messages de soutien de filles qui vivent apparemment le même genre de calvaire, j’ai décidé, dans le cadre d’une nouvelle catégorie « Sociologie du dragueur on line », de publier quelques billets en vue d’une proposition de classification.

Pour l’inaugurer, je vais évoquer le dragueur qui donne son numéro de téléphone. Je devrais plutôt dire son numéro de portable, car dans les sept numéros que j’ai déjà reçus, tous étaient des 06. Pensez, un fixe, ce serait trop risqué, je pourrais tomber sur leurs femmes, alors qu’un 06, c’est plus sûr, on peut tromper sans se faire choper. Dieu que tout cela est médiocre… Moi quand je donne mes coordonnées, je donne aussi mon 01, et si c’est un amant ou une maîtresse qui appelle et que c’est mon amoureux qui décroche, il l’invite à venir partager une bouteille et accessoirement mon corps (ou l’inverse). Mais bon, passons.

La plupart du temps, le 06 est agrémenté de quelques mots de qualité très variable. J’ai, je l’avoue, trouvé un mail très agréablement formulé, qui à défaut de me faire composer le numéro m’a donné l’envie de correspondre et d’en savoir plus (et oui, je ne suis pas QUE persifleuse, je noue également d’intéressants contacts, et parfois même je rencontre, mais chut, ce sera l’objet d’un prochain billet !) Deux autres auguraient de jolies plumes, mais bâclés dans un laconisme impatient insupportable : sans suite, donc. Deux autres, de forme loliste, n’avaient strictement aucun intérêt, je vous copie colle le plus inepte : « slt koi de neuf ? », suivi du numéro, encore un qui ne baisera pas en 2010. Le dernier mail est celui qui m’a le plus sidéré (et m’a inspiré la rédaction de ce billet) : le numéro livré seul, sans aucun mot de présentation.

J’aimerais vraiment comprendre ce qu’il se passe dans la tête d’un homme qui envoie par mail sur Facebook son numéro de portable à une fille qu’il ne connaît pas. Pense-t-il que la fille va l’appeler ? Et qu’elle va tomber en pamoison au seul son de sa voix ? Et lui donner rendez-vous dans l’instant pour s’offrir à lui ? J’ai donc posé la question à mon mystérieux correspondant : « qu’attendez-vous de moi ? ». La réponse parle d’elle-même :

« un moment sensuelle sympa 🙂 »

Tout y est : pas de majuscule au début de la phrase, pas de ponctuation, une faute d’accord, un « sympa » poussif et balourd, un gros smiley stupide, il ne manquait plus que le lol. Alors j’ai compris : quand on est à ce point dépourvu de vocabulaire, de style, de personnalité et de substance, on s’épargne les mots et en on vient directement au fait : le numéro de téléphone. Quelque part, c’est une forme d’honnêteté et d’humilité assez touchante… Mais pas suffisante pour me faire mouiller mon lapin, désolée ! Moi je suis une littéraire pur jus, ce sont les mots des hommes qui m’attirent dans leurs lits. Et ne l’oublions pas : je bloggue en tant que collectrice de nouvelles. J’ai donc doublement envie de lire, et si possible, pas de la merde.

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7 réponses à Le 06

  1. Vallisnéria dit :

    je vais peut-être être hors sujet (c’est une de mes spécialités faut dire..) mais ce que l’on pourrait aussi se poser comme question, c’est pourquoi il existe des hommes – vous les appelez « dragueur » néanmoins il semblerait que leur « drague » aboutira peut être à un certain nombre de choses mais sûrement pas une femme dans leur lit … – sans compter que cela dévalue considérablement le terme de « drague », enfin passons.
    Où en étais-je ? ah oui.
    Pourquoi existe-t-il de tels hommes ? capables de juste envoyer leur n° de portable, sans autre forme de procès? (je vous avoue que j’y ai reconnu un certain nombre de situations..)
    mais la question que je me pose aussi, c’est de savoir s’il n’existerait pas des femmes qui souhaitent simplement « un moment sensuelle sympa » (SIC) ce qui expliquerait alors que certains hommes proposent cela en espérant tomber sur une femme qui attend cela .. À moins qu’on envisage le point de vue dramatique d’une femme qui serait dans une telle détresse affective qu’elle se contenterait d' »un moment sensuelle sympa »..
    On peut aussi, et encore, évoquer le coup de foudre, et là je ne parle pas d’amour, mais ducoup de foudre physique.
    Je n’y croyais pas, je ne pensais pas pouvoir un jour faire l’amour avec un homme et ne faire que cela.. Mais vous connaissez la vie, toujours taquine et à vouloir vous démontrer le contraire de ce en quoi vous croyez ..
    Et c’est comme cela que je l’ai croisé, LUI :
    http://partoutchezsoi.canalblog.com/tag/Pierre

    Oui, parce qu’en fait, cela m’a cueilli dans ma RÉALITÉ.. il ne s’agissait pas d’échanges virtuels..
    Du coup, j’abonde dans le sens de votre question : comment peut-on proposer un « moment sensuelle sympa » (re-sic) à une femme qu’on n’a jamais vue ?

    Ceci était un contre-exemple – une autre de mes spécialités 😉

  2. Elise dit :

    Ah mais non, vous n’êtes pas du tout hors sujet! Moi même, je n’ai rien contre l’idée de passer un moment sensuel avec un homme rencontré sur Facebook ou ailleurs, j’entends juste que ce soit avec un homme qui respecte un minimum les règles de la langue dans laquelle il s’exprime! Mais je n’en aucun problème à faire converger réalité et virtualité… Mais ça, j’aurai l’occasion de vous le raconter dans mes prochains billets !

  3. justine dit :

    arf Elise tu es une grande naive !!! moi qui suis tres presente que le web je peux te temoigner que c’est quand meme moins caricaturale que ça, enfin ça doit dependre des sensibilites aussi… au debut c est vrai qu’on ressent une forte agression des mecs en chasse, mais il y a en a qui sont quand meme cool malgre les kikoolol et le vocabulaire un peu limite. Mon point de vue à moi c’est qu’il faut leur laisser leur chance, car il arrive que les apparences trompent… enfin pas toujours, des fois elle confirment aussi ! et puis tu sais, il y a bcp de filles qui chassent aussi, meme s’ils elles sont plus dans la seduction que dans l’agression (normal ce sont des filles!)

  4. Zoot dit :

    La numérologie. Vous oubliez la numérologie.

    Si vous additionnez tous les chiffres de son zéro-six, et encore, et encore, jusqu’à n’en plus obtenir qu’un, et que ce un est un huit, alors c’est que son titulaire est chibré commak.

    Les astres sont formels, les chiffres ne mentent pas, le hasard n’existe pas.

    Et le gars a changé douze fois d’opérateur de suite pour arriver à un zéro-six en huit, alors, merde, il aimerait autant le rentabiliser rapidement.

  5. Elise dit :

    Je ne comprends pas: si c’est un 8 qui s’affiche, c’est plutôt qu’il est « burné » commak, non? Pour un chibre, il faudrait plutôt un 1. Ou un 7 à la limite (il y a des zizis qui penchent vers la droite, c’est un fait). Naughty Zoot.

  6. Paul dit :

    Elise,

    Vous n’y êtes pas, je crois. Evidemment, des messages squelettiques entamés avec « slt » et conclus par « lol » n’ont aucun intérêt, qu’ils soient ou non agrémentés d’un numéro de téléphone.

    Mais un numéro seul, ce n’est pas tout-à-fait la même chose. C’est tout et rien à la fois. Cela peut être un rustre quelconque, ou la porte ouverte sur quelque chose d’inconnu, d’inattendu. Juste un numéro, c’est vrai, mais un numéro communiqué à une personne précise, évidemment dans le but d’entamer une relation, où qu’elle aille. Peu importe d’ailleurs la destination. L’important c’est le chemin. Et sur ce chemin, un numéro de téléphone n’est rien d’autre qu’une balise. Muette, mais potentiellement parlante. Il suffit d’ouvrir la porte.

    Evidemment, la porte en question peut s’ouvrir sur le néant sidéral d’un quelconque. Mais elle peut aussi être le premier pas d’une longue glissade voluptueuse. Il suffit d’essayer Et le fait que ce numéro vous soit adressé n’est pas neutre.

    Car vous êtes naïve ou vous feignez de l’être. « Quoi, je ne suis qu’une femme de 28 ans, inconnue, et l’on m’aborde, mais pourquoi donc, ah là là, ah là là. » … ben voyons. Vous êtes une jeune femme inconnue, et vous parlez de sexe librement et sereinement, joyeusement et intelligemment. Et vous feignez de vous étonner d’être contactée, la belle affaire … !

  7. Elise dit :

    J’entends parfaitement vos arguments, mais en l’occurrence, cher Paul, je ne fais pas ma mijaurée pour le plaisir: la porte, j’ai choisi de l’ouvrir. J’ai donné suite. Et on voit le résultat: « un moment sensuelle sympa 🙂 » Si vous appelez ça une glissade voluptueuse, moi ça me donne plutôt l’impression de glisser sur une merde de chien.

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