Le clubber

Dans le vocabulaire de la sociologie du dragueur on-line, le clubber ne désigne pas le fêtard invétéré qui passe ses nuits à danser en boîte, mais l’homme qui drague une femme non pas dans le but de lui faire l’amour, mais dans celui de l’amener dans un club échangiste, hammam libertin ou autre lieu de débauche. Et éventuellement lui faire l’amour à l’intérieur, mais ce n’est pas le but avoué.

Que les sites web de rencontres échangistes grouillent de ce genre de clubbers, ça n’a rien étonnant. Mais je constate, depuis que je suis inscrite sur Facebook, qu’ils utilisent également les réseaux sociaux traditionnels pour chasser. Je vous copie/colle le dernier exemple en date, c’était hier sur le chat de Facebook :

- slt ça va ?
- Mais encore ?
-  je suis libertin
- Qu’entendez-vous par « libertin » ?
- j’m le sexe et toutes les formes de plaisir… lol
- qu’attendez-vous de moi ?
- je cheche une copine pour aller avec moi en club… ça vs dirait ?
- Vous ne voulez pas me rencontrer d’abord ? Faire connaissance ?
- lol on fera conaissance à l’intérieur !!!!!!!!

Un peu plus tôt dans la semaine, dans un tout autre style, un correspondant par ailleurs fort sympathique, écrivain dont je ne révèlerai pas l’identité, proposait de me rencontrer par ces mots écrits par mail :

« Je propose que nous poursuivions cette discussion derrière un verre… J’hésite entre un coca au Mac Do et une coupe aux Chandelles, qu’en pensez vous ? »

Pour les non-parisiens ou les non-libertins, les Chandelles est un club échangiste parisien (que je n’aime pas, soit dit en passant).

Il est bien connu qu’en club, la position de l’homme n’est pas du tout la même s’il vient seul ou en couple. S’il vient seul, il paye plus cher, n’a le droit d’entrer que certains jours, et se met « à la disposition » des autres : c’est une queue, un sextoy monté sur pattes. Alors que s’il vient en couple, il dispose. Il possède la monnaie (la femme), et donc le pouvoir.

S’ils ont vraiment envie d’aller dans ce genre de lieux, les clubbers qui draguent sur Facebook pourraient très bien y aller seuls, mais non : ce qu’ils veulent, ce n’est pas le lieu en lui-même, c’est la position enviable qu’ils pourraient y tenir. Une position à l’écart des hommes seuls. Métaphoriquement, le dragueur clubber cherche donc à sortir de la solitude et du célibat. Mais puisqu’il est gouverné par sa queue et consumériste en amour (ben oui, c’est un « libertin » et c’est ça que le mot veut dire aujourd’hui), il ne peut y arriver que dans le cadre d’un lieu de perdition, individuelle en premier lieu.

Ca me déprime.

J’en viendrais presque à préférer qu’on m’écrive des poèmes et qu’on m’offre des roses.

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3 réponses à Le clubber

  1. justine dit :

    Ou alors c’est juste qu’ils veulent te draguer mais qu’ils se disent que vue ton profile de liebrtine avec toi il y aura moyen d’avoir directement acces à d’autres filles en plus de toi ! un peu comme un sesame…. moi qui frequente les clubs ai rencontre pas mal de mec comme ça. ils sont interesses par toi mais par tout ce que tu peux leur apporter en plus et veulent les deux tt de suite!

  2. Manu dit :

    Quelle adresse pour faire livrer les roses et le poème glissé à l’intérieur?

  3. Elise dit :

    Editions La Musardine
    A l’intention d’Elise A.
    122 rue du Chemin-Vert
    75011 Paris.

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