Interview d’Isabelle Lorédan

Isabelle Lorédan a intégré notre petite troupe d’auteurs dès le premier recueil de la collection, Osez 20 histoires d’infidélité. Dans la série d’interviews amorcée au début de l’été, je lui ai  posé quelques questions sur son approche de l’écriture érotique…

Comment en êtes-vous venue à présenter une nouvelle érotique à la Musardine pour la collection « Osez 20 histoires »?

J’avais déjà tenté l’édition il y a deux ans, mais avec des nouvelles beaucoup plus longues, et avais essuyé des refus de La Musardine et des Editions Blanche. Et à l’automne dernier, un premier texte court a été retenu et publié dans le collectif féminin de Blanche. Peu après, un ami nouvelliste m’a avertie que La Musardine avait publié un appel à auteurs sur son site, et je me suis dit que je pouvais forcer un peu la chance… Mon texte a été retenu de suite ! J’avoue que je n’espérais pas faire un doublon dans la même année, mais ça n’est pas pour me déplaire. D’autres nouvelles ont été rejetées, ça n’est pas grave.

Le fait d’avoir été publiée avec un texte court ne vous donne-t-il pas envie de vous essayer à écrire un texte long? Bref: un roman?

Bien sûr que si, et d’ailleurs, j’ai un ouvrage long en cours d’écriture, mais pas du tout dans le domaine de l’érotique cette fois. Cependant, ayant des nouvelles longues en stock, j’envisage éventuellement d’en développer une afin d’en faire un roman. Mais je ne saurais mener un travail simultané sur deux fronts opposés. Chaque chose en son temps…

Quel plaisir vous apporte l’écriture érotique? Et en quoi se distingue t-il des autres styles d’écriture auxquels vous vous adonnez?

Le genre érotique est particulier pour moi, car c’est grâce à lui que je me suis mise à écrire. Je n’aurais peut-être pas osé sauter le pas dans un genre plus sérieux. Lorsque j’écris, je vis intensément les situations que je décris, et ce quel que soit le genre. L’érotique m’amuse énormément d’une part (tout ou presque y est autorisé !) et m’apporte une excitation cérébrale et physique réelle. Si elle n’est pas là (ça peut arriver), en général le texte est mauvais… De là à parler de catharsis… Cela dope également l’intimité de mon couple d’une certaine manière, ce qui est loin d’être désagréable !

Vous dites que l’écriture érotique vous apporte « une excitation cérébrale et physique réelle », mais que vous fait-il de savoir qu’elle en apportera potentiellement à vos lectrices et lecteurs? L’idée qu’un homme ou une femme se masturbe après vous avoir lu est-elle excitante? dérangeante? vous laisse t-elle indifférente?

L’idée en soi ne me dérange pas, si les lecteurs ressentent une excitation pouvant aller jusqu’à la masturbation, c’est que j’ai atteint mon but en tant qu’auteure. Ceci dit, j’écris d’abord pour moi, pour me faire plaisir. C’est pourquoi je ne donnerai jamais dans la surenchère ou le graveleux, parce que ça ne me correspond tout simplement pas. Le pire pour moi serait que mes textes laissent totalement indifférents, mais je pense que c’est le cas pour toutes les personnes pratiquant l’écriture.

Votre écriture est en effet plutôt soft du point de vue du vocabulaire, quand d’autres auteurs de la collection n’hésitent pas avoir recours aux mots les plus crus et obscènes. Est-ce cela, la limite du graveleux dont vous parlez? Un vocabulaire choisi? Ou autre chose?

Disons qu’en général, je n’aime pas trop l’obscénité gratuite, je trouve que cela n’apporte rien. Par contre, je peux être crue quand c’est nécessaire, mais en veillant à ce que cela soit englobé dans un contexte particulier. Difficile à expliquer en fait. Ce qui m’importe le plus, c’est le respect. Et je tiens à ce que mes personnages renvoient cette image du respect de l’être humain, même dans les situations les plus hards (« Les mémoires d’un amant » est un texte en effet très soft, mais j’en ai d’autres qui le sont beaucoup moins… sourire). Quel que soit le texte, on y retrouve toujours la tendresse et le respect en toile de fond, parce que pour moi, c’est indispensable pour pouvoir aller au bout de ses fantasmes dans de bonnes conditions. Ça n’est pas de la pudibonderie en tout cas. De plus, ça permet de jouer du chaud et du froid selon les passages du texte, et de faire monter la puissance érotique en douceur (c’est particulièrement vrai pour les textes SM que j’ai peu écrire).

Ce contenu a été publié dans La vie de la collection, avec comme mot(s)-clé(s) . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

9 réponses à Interview d’Isabelle Lorédan

  1. Merci Elise pour cette interview. J’ai vu avec confusion que j’avais fait des fautes, mais bon… L’erreur est humaine ! Je rajouterai seulement que pour ceux que ça intéressent, ils peuvent découvrir mon univers en visitant mon blog http://isafantasmagorie.canalblog.com/ Nouvelles, érotiques ou non, poèmes et bien d’autres choses les y attendent.

    Et si parmi les lecteurs, certains ont lu « Osez, 20 histoires d’infidélité », je les invite à venir exposer leurs critiques sur « Les mémoires d’un amant ».

  2. Vallis dit :

    un plaisir de découvrir un petit peu plus Isabelle,
    j’ai fait « sa connaissance » et visité son blog suite à la publication de sa nouvelle dans « Osez 20 histoires d’infidélité »
    Bravo en tout cas à l’intervieweuse et à l’interviewée :-))

  3. FRED dit :

    Bonjour Isabelle,

    ici Frédéric votre voisin d’interview sur le site (juste en dessous du votre).
    Je viens de relire votre nouvelle, bonne pioche, c’était une de mes préférées lorsque j’ai lu le recueil il y a deux mois.
    Le style est très bien construite (la jalousie du « héro » relance l’histoire au bon moment), riche vocabulaire (c’est loin d’être toujours le cas), l’humour est présent et suffisament discret pour ne pas détourner l’attention de l’histoire elle même, un vrai plaisir de lecture. J’espère donc qu’il y aura d’autres textes dans les recueils à venir.

    Bon, évidement, la première fois que j’ai lu votre texte, cela m’a nettement énervé car l’idée que vous y développez je l’avais en tête pour un autre recueil de la collection non encore paru (facile à deviner ;-))). Je n’avais encore rien écrit mais l’histoire était en cours de développement dans mon crâne (je cogite pas mal mes histoires avant de les écrire en un seul jet, je les retravaille après, comment vous y prenez-vous?).
    Même si le résultat n’aurait forcément pas été le même, et, par exemple, je n’aurais pas penser à rendre jaloux mon propre personnage principal, le fond de l’histoire aurait été identique (le « héro » commente ses rapports et la vie sexuelle de son amante pour faire simple) . Ne voulant pas vous « remaker », sachant que j’aurais eu bien du mal à faire mieux, j’ai laissé tomber. Peut-être reprendrai-je l’idée un jour sous un forme différente.

    Voilà quelques commentaires sur votre excellent texte. N’hésitez pas à me donner votre avis sur la nouvelle qu’Elise a mis en ligne (nouvelle qui n’apparaitra pas en recueil ayant semble-t-il divisé le comité de lecture Musardinien, Elise l’ayant apprécié et je lui lui ai permis de le mettre en ligne).

    Au plaisir de vous lire. Je vais d’ailleurs aller jeter un oeil sur votre blog…

    Frédéric

  4. FRED dit :

    un copié / collé trop rapide et un bout de phrase a disparu rendant le début du texte incompréhensible, la seconde phrase est donc :

    « Le style est resserré (pas de digressions), direct, avec des phrases courtes comme j’aime, bon rythme. L’histoire, drôle, est très bien construite … »

    Désolé pour l’erreur.

    Frédéric

  5. Merci Fred, voici une critique détaillée et étayée… Désolée de vous avoir piqué l’idée d’une « SeyToys Story » ! Ce texte est assez ancien, l’idée m’en était venue après que mon fils aie regardé pour la énième fois « Toy Story ». J’avais en projet de refaire un autre volet de cette saga, dans lequel les jouets feraient la découverte de l’ennemi suprême… L’HOMME. Mais j’ai abandonné provisoirement. J’y reviendrai peut-être un jour, qui sait…

    Vous me demandez comment je m’y prends pour écrire, voici ma façon. En général, j’écris tout d’un seul jet (je retravaille rarement à postériori), et ne fais plus ensuite que des corrections orthographiques ou grammaticales, et des suppressions de répétitions. Le tout étant que j’aie une bonne idée de départ, après je déroule ma pelote. Il m’est arrivé de ne rien pouvoir écrire durant des mois, et qu’à la première fois où je me remets au clavier, j’écrive trente pages d’un coup ou presque. Je ne sais pas me forcer, et encore moins prévoir un plan structuré. C’est au feeling et à l’inspiration du moment.

    Avec la préparation de la rentrée scolaire, j’ai eu peu de temps pour lire, mais je ne manquerai pas de donner mon avis sur votre texte.

    Isabelle

  6. Oups, une faute… Il faut lire « Sex Toys Story » et non « Sey ». On valide toujours trop vite grrr.

  7. FRED dit :

    Nous avons une façon à la fois proche et éloignée d’écrire. Comme vous, je ne sais pas me forcer, ni structurer un texte à l’avance, ce qui a pour résultat que je n’écris que des nouvelles, un roman demanderai trop de réflexion et de cogitation, je suppose que mon crâne exploserai en cours de route !!!
    En général un texte me trotte dans la tête un certain temps (parfois me prend bien la tête au point de m’empêcher de dormir mais ce n’est pas le cas pour les érotiques qui « sortent » plus facilement. Et comme vous, j’écris d’un seul jet.
    Par contre, je fais un gros travail de réécriture, parfois sur plusieurs semaines pour élaguer, corriger, reprendre, changer un mot par là, une virgule ailleurs, un peu maniaque de ce coté là.
    Je me fais aussi relire et, parfois, corrige en fonction des remarques de mes lectrices (ma chérie qui a la primeur de la première lecture bien sur et quelques amies proches qui veulent bien me donner leur avis). Pour la nouvelle sur le site, j’ai complétement réécrit le texte à la demande de la Musardine qui avait des remarques très judicieuses qui correspondaient aux avis que j’avais déjà eu. De plus, j’ai pris en compte pas mal de remarques pour la partie féminine du récit car étant un homme il m’est difficile d’écrire du point de vue féminin de façon vraiment satisfaisante. Je crois y être a peu prêt arrivé…
    C’est d’ailleurs un reproche que je ferai à quelques textes publiés dans la collection, certains d’hommes écrivent au féminin en y projetant leur vision purement masculine, cela ne sonne pas toujours juste, certains ayant, me semble-t-il, un peu trop tendance à écrire leurs propres fantasmes « mâles » dans leur personnage féminin, des femmes comme ils voudraient quelles soient et pas comme elles sont vraiment et cela rend certains textes moins crédibles. Si l’écriture est vraiment bonne cela passe sans pb mais ce n’est pas toujours le cas…

    J’attends votre appréciation avec intérêt.

    Frédéric.

  8. Ping : Première interview | Fantasmagor'… Isa

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>