Facebook: bienvenue au pays des Bisounours

Depuis quelques semaines, la répression anti-sexe se durcit sur Facebook. Les comptes des libertins autoproclamés ne sont plus les seuls à pâtir de l’inquisition facebookienne : aujourd’hui, il semble que des mots aussi simples et anodins que « sexualité » ou « érotisme » dans les images ou les statuts d’un profil suffisent à le rendre suspect. A la Musardine, nous nous en sommes rendus comptes sur les trois comptes Facebook avec lesquels nous travaillons. Les autorités locales censurent de plus en plus de contenu jugé dégradant, comme par exemple cette image, supprimée sans procès de notre compte Librairie Musardine :


On peine à comprendre ce qui est à même de choquer : un essai sur la littérature érotique, cet art millénaire auquel se sont essayés un grand nombre d’auteurs classiques parfois étudiés dans les écoles ? Ou la sobre paire de fesses qui orne sa couverture ? Que des apologies du viol ou de la pédophilie fassent l’objet de censure, je l’entends volontiers. Que des photos de quéquette en gros plan valent à ceux qui les prennent des suppressions de compte, je peux aussi le comprendre. Mais qu’un malheureux essai littéraire se retrouve dans le même panier, j’avoue que j’en perds mon latin.

Pendant que les petites mains de l’empire facebookien se livrent à cette vaste opération propreté (en vue de l’introduction annoncée de Facebook en bourse ?), il suffit que je me connecte ne serait-ce que cinq minutes sur le chat de Facebook pour qu’on me propose de poser nue, d’offrir mes talons à lécher, mon dos à fouetter, mon cul à forcer, quand ce n’est pas « ma gueule de pute à passer au mastic » (textuel) et autres fantaisies dont mes « amis » Facebook, toujours très imaginatifs, ne se lassent pas de me proposer… Ce qui ne me choque pas plus, d’ailleurs je ne suis pas choquée, juste amusée par ce gouffre abyssal entre l’image proprette que Facebook essaye de se donner et la réalité de ce qu’elle cache, c’est-à-dire celle d’humains esseulés qui cherchent à entrer en contact avec d’autres humains esseulés, avec tout ce que cela implique d’enjeux sexuels inhérents à la nature humaine, et donc aussi inévitables qu’éternels… Bref, on croyait en avoir fini avec l’hypocrisie puritaine, mais il semble qu’elle soit elle aussi éternelle!

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Une réponse à Facebook: bienvenue au pays des Bisounours

  1. Ian dit :

    Ce qui est écrit ici explique le choix (que Stéphane disait avoir du mal à comprendre) que font de nombreux auteurs de publier sous pseudonyme.
    Le moralisme et l’autocensure sont de plus en plus développés. Une certaine liberté des années 1970 est loin derrière nous. La plupart des gens, je crois, ne s’en rendent pas compte, tant les clips vidéos et les publicités regorgent de « porno chic ». La réalité est que nous vivons une période réactionnaire importante qui s’amplifie. Exhiber des fesses, avoir des tendances pédophiles ou être un adepte de la pornographie ou de la littérature érotique, c’est suspect ; tout se vaut, pour beaucoup. La liberté n’est jamais acquise, elle est un combat permanent ; seule existe la libération : l’action de se libérer. Ensemble.

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