Marie Minelli

(Neuilly-sur-Seine)

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Quand je n’écris pas de la littérature érotique…  Je ne sais plus qui a dit : « J’ai dépensé tous mes droits d’auteur dans les filles, les livres et les restau. Le reste, je l’ai gaspillé ».

Ce que m’apporte l’écriture érotique… J’ai toujours aimé La Musardine de loin. Un jour d’été, il y a 5 ans environ, je me suis décidée à envoyer un mail à un formulaire de contact, et derrière, il y avait Marc Dannam qui m’a répondu de son bateau en partance pour la Grèce. J’avais un projet, il l’a fait dévier sur autre chose… J’ai commencé à écrire des guides sexo, des « Osez ». Puis j’ai rencontré Stéphane Rose à la soirée de lancement de son roman Pourvu qu’elle soit rousse chez L’Archipel, il y avait un blind test, on a bien rigolé. Quand il a lancé sa collection « Osez 20 histoires érotiques… » il m’a gentiment proposé de faire partie de son pool d’auteurs, ou plutôt d’envoyer une nouvelle comme ça pour voir. Quand j’ai commencé à écrire de la littérature érotique, j’écrivais sur d’autres sujets plus « sérieux », la littérature érotique a été pour moi une façon d’écrire du « non censuré », des choses qui n’auraient jamais été publiés ailleurs. La sexualité des gens m’intéresse au premier degré, sous un angle sérieux justement, et pour en parler on doit passer par l’érotisme. Au-delà de ça, bien sur le côté catalyseur de la littérature érotique. Pendant des années, coucher sur le papier les fantasmes que je pouvais avoir a été une façon de les canaliser. Finalement, disons que j’y reste pour l’aventure humaine, comme dirait Nikos Aliagas. Les gens qui gravitent dans le milieu de l’érotisme sont globalement plus libérés, déconnectés des convenances sociales, ont ce grain de folie, ce « on ne me la fait pas à moi » qui manque cruellement à bien d’autres personnes. C’est aussi un univers où, je trouve, on est respectueux des différences et de l’intimité de l’autre. Dans mon domaine professionnel actuel, on me demande sans cesse si je suis toujours mariée, qui me baise, ou pas, et bien des hommes portent sur moi un regard plutôt lubrique (hey les yeux c’est juste au-dessus !) Dans la littérature érotique, on a tous un côté blasé par rapport à ça. Julia Palombe peut venir chanter en cache touffe à strass à La Musardine, personne ne lui mettra une main au cul. Si elle allait dans une réunion publique… j’ai comme un léger doute.

Mon tout premier souvenir érotique… La lecture de La Bicyclette bleue en 6ème. Et sinon, Julien, un garçon de l’école qui avait une sorte de grande tâche de naissance bleue sur le haut du sourcil. Il était sublime à part ça, et ce défaut lui donnait un côté sublime tout court. Depuis, j’érotise beaucoup les défauts des gens… Je trouve que les défauts rendent attirant. Et sinon, vraiment érotique, la langue de mon premier copain avait le goût des bonbons au caramel Werther’s original. A chaque fois que je mange un truc au caramel, je suis un peu émoustillée, du coup.

Mon texte érotique préféré… Les Liaisons dangereuses. Tout est dedans. Et deux poésies : El Desdichado de Gérard de Nerval. Quand on lit bien, ce n’est pas un voyage, c’est une histoire érotique avec progression jusqu’à l’orgasme. « Je suis le Ténébreux, le Veuf, l’inconsolé, le Prince d’Aquitaine à la tour abolie… » il a des problèmes d’érection, quoi. A la fin il plonge dans la grotte où nage la Sirène (la grotte…) et « par deux fois vainqueur traversé l’Achéron, modulant tour à tour sur la lyre d’Orphée les soupirs de la Sainte et les cris de la Fée » Ai-je besoin de sous-titrer ?! Dans le même genre, la Loreley d’Apollinaire. La bicyclette bleue, pour les raisons évoquées plus haut. Le Diable au corps.  Sinon, Nadja d’André Breton. A proprement parler pas érotique, mais un érotisme latent se dégage de presque tout, une fille qui erre dans Paris, pas coiffée, ramassée, quasiment, par un homme qui dit lire en elle, et la sublime en œuvre d’art jusqu’à se noyer dans sa folie: ce n’est pas érotique ça ? Et aussi, sans transition, un document sur la solidarité. Un truc qui me laisse froide en revanche, c’est Sade. Je devais l’avouer. C’est bien écrit, hein, c’est beau et tout ça, mais absolument pas excitant, pour moi en tout cas.

Ma citation fétiche… « La poésie, c’est comme le sucre, c’est bon mélangé avec autre chose. Personne ne veut une assiette de sucre. » Je triche je l’ai lu dans Pourvu qu’elle soit rousse… Mais je suis assez d’accord. J’aime les comédies romantiques, mais saupoudrées de romantisme. Avec des vrais morceaux de sexe dedans. D’ailleurs, j’ai toujours été surprise qu’on zappe purement et simplement les passages érotiques des films d’amour, ça nous enseigne beaucoup sur les personnages ! Est-ce qu’ils jouissent en même temps ? Est-ce qu’il lui met une fessée en la traitant de pute, lui baise les orteils, ou les deux ? Est-ce qu’ils se regardent dans les yeux à la lueur de la bougie ou est-ce qu’elle pense à Javier Bardem et lui aux horaires d’ouverture du bureau lundi ? Et vice-versa d’ailleurs : du sexe tout seul n’a aucun intérêt, comme une assiette de sucre ou de poésie. C’est assez difficile, dans la littérature érotique comme dans la vie, d’ailleurs, de trouver le savant mélange, la poussière de fée qui créera une alchimie et fera voler le lecteur.

Retrouvez Marie Minelli dans:
Mon été mythomane avec Nicolas Bedos, dans Osez 20 histoires de sexe en 2050 (2014)
D’où tu voudras, dans Osez 20 histoires de sexe partout sauf dans un lit (2014)
La surprise de Noël, dans Osez 20 nouvelles histoires érotiques de Noël (2013)
La maison de campagne, dans Osez 20 histoires de voyeurs et d’exhibitionnistes (2013)
Un jour, tu laisseras ta brosse à dents chez moi, dans Osez 20 histoires d’amour et de sexe (2013)
Salade Caesar, dans Osez 20 histoires d’amour au bureau (2011)
Le père Noël est un enculé et Noël en famille, dans Osez 20 histoires érotiques de Noël (2011)

A la Musardine, Marie Minelli est également l’auteur de Osez réussir votre divorce (2011), Osez les sexfriends (2012) et Sexe, mensonges et banlieues chaudes (2014), son premier roman.

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On lui doit aussi 150 endroits où il faut avoir fait l’amour au moins une fois dans sa vie (First éditions, 2014).

 

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