Vincent Rieussec

(Sud de Paris)

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Quand je n’écris pas de la littérature érotique… Je suis retraité. Passionné par Paris, conteur à l’occasion, je m’intéresse à sa petite histoire. Mon ambition construire de nouvelles légendes. Pour certaines nouvelles que j’ai placées dans des lieux mythiques de ma ville, je me suis documenté pour pouvoir donner un peu du climat des lieux et des époques. Depuis des années j’écris un roman, ma quête du Graal. Arriverai-je au bout ? Vais-je le faire tourner en roman érotique ? Ou m’aide-t-il à avoir toujours un projet en ligne d’horizon ? Bien sûr la lecture. En ce moment Fred Vargas se fait bien rare… Le cinéma… La télé. J’adore les séries policières anglaises aux intrigues bien emmêlées, Barnaby (l’autre), Morse, Lewis, La jeunesse de Morse qui promet… Et d’autres…
Parmi les chanteuses actuelles, j’apprécie particulièrement Katie Melua.

Ce que m’apporte l’écriture érotique… Souvent déçu par mes lectures érotiques, un jour j’ai décidé de suivre le conseil d’Esparbec et d’écrire le livre porno que j’aimerais lire. Pas si simple… Enfin au fil du temps, j’ai accumulé pas mal de textes au gré de mes fantasmes, suffisamment pour envisager d’en faire des romans. Me lire c’était bien mais mes écrits pouvaient-ils être appréciés par d’autres et à l’occasion me rapporter un peu d’argent ? J’ai envoyé un manuscrit à la Musardine. Esparbec m’a répondu. Divine surprise ! Mon manuscrit était retenu et paraitrait dans la collection « les Interdits » sous le titre M’offriras-tu encore ? J’ai signé mon premier contrat le 8 décembre 2008. Fort de ce succès, j’ai proposé un deuxième texte, paru sous le titre Amuse toi bien. Mon personnage masculin de mari complaisant se prénommait Alain. Trompé par mes sens abusés j’ai demandé qu’il soit publié sous le nom d’auteur « Alain Rieussec ». On ne change pas une équipe qui gagne. J’ai envoyé un troisième texte. Mais les conditions économiques avaient évolué et pas dans le bon sens. Esparbec mettait mon texte en attente. La vente de mes ouvrages ne devait pas atteindre le niveau voulu pour en assurer la rentabilité. Mais mordu par l’envie d’être édité, j’avais déjà proposé une nouvelle, Le Grenier, pour le deuxième volume des «Osez vingt histoires de sexe…» sur le thème «Première fois». Nouvelle retenue ! C’était parti ! J’allais tenter ma chance encore et encore… Dans l’écriture, j’ai continué d’appliquer, plus ou moins bien, les conseils donnés par Esparbec dans certaines de ses préfaces, conseils repris et étoffés dans les tout récents « Dix commandements de l’auteur de nouvelles érotiques ». Le format contraignant de la nouvelle s’est rajouté à l’impératif de séduire le lecteur par une expression érotique accrocheuse. Chaque proposition de thème est devenue un challenge. Pour moi, le plus difficile, trouver l’idée. Puis l’articuler, introduire les personnages, les faire vivre. Amuser… Surprendre… Créer l’émotion sexuelle… Utiliser judicieusement l’ellipse et le dialogue… Trouver une chute… Et un titre… C’est grisant, presque addictif. J’ai essayé diverses formes. Tout d’abord écrire à la troisième personne, puis à la première en faisant parler un homme et pourquoi pas une femme… Et la conjugaison ! Le côté narratif de l’imparfait… Le présent plus punchy… La concordance des temps… A chaque nouvelle, je suis amoureux de mon héroïne, et prendre sa place en écrivant à la première personne c’est terriblement jouissif, même si en tant qu’homme je ne peux atteindre le fond de sa sensibilité, appréhender la vérité de ses émotions… Les femmes ont de la chance d’être femmes…

Mon premier souvenir érotique… Juste après la guerre (1948, 1949), mon père faisait partie des troupes d’occupation en Allemagne. La famille avait pu le rejoindre. Nous habitions dans une maison réquisitionnée, vraisemblablement à une famille de notables nazis. Dans la ville il y avait une immense librairie française où nous trouvions toutes les journaux, magazines, livres paraissant en France. Pour moi c’était « Coq Hardi, Le journal de Tintin, OK… », Pour les livres, la collection « Heures Joyeuses ». Mon père achetait le magazine léger « V ». Beaucoup de PIN UP. Le dessinateur principal était Jean David. Ses personnages féminins étaient pulpeux, généreusement dénudés, à l’occasion exhibaient des seins coquins, un avant goût des PIN UP des calendriers américains des années 50. Quelques nus artistiques, des histoires croustillantes. Mon père devait mal cacher son journal ou alors j’étais particulièrement futé car je me souviens en avoir lu quelques numéros en cachette dans le grenier de la maison, en particulier la BD de Jean David  « Les amours de Sarah Smith ». J’ai aussi en tête l’histoire d’une jeune beauté trompant son vieux mari. Comme l’histoire se passait dans un pays où poussent des cactus, découverte elle avait été condamnée à être jetée le lendemain nue dans un buisson de ces cactus. Mais son amant dans la nuit avait remplacé les plantes aux épines meurtrières par de faux cactus en caoutchouc. Après le supplice, il est venu cueillir au creux du buisson la jeune beauté toujours aussi nue et il l’a emportée indemne sur son cheval pour un bonheur que l’auteur nous laissait imaginer. C’est dans ce grenier, encombré de débris de l’époque nazie, que, gamin de 11, 12 ans, pour mon plus grand trouble, j’ai éjaculé pour la première fois. Et d’autres fois ont suivi… J’ai dû garder de ce temps mon goût pour les PIN UP, les textes et les BD érotiques.

Mon texte érotique préféré… En 1969, 1970 appâté par l’aura de scandale entourant Histoire d’O, j’ai acheté le livre. J’ai pris ce roman d’amour flamboyant comme un coup de poing à l’estomac. Les coups de fouet, son corps prostitué, sa soumission totale, O offre tout cela comme des preuves d’amour à ses amants. Et par toutes ces souffrances infligées, elle se sait aimée, au point d’accepter d’être marquée au fer rouge comme une esclave. A quel point Pauline de Réage aimait-elle Jean Paulhan pour lui écrire un tel roman ? Toujours est-il que son livre est un fleuron de la littérature française. Et je préfère ce petit ouvrage à tous les écrits de Sade. Avec une écriture parfaite, Pauline de Réage nous plonge dans toute la réalité physique et psychologique de la vie d’O. Avec hardiesse, elle aborde toutes les pratiques réprouvées au moment de l’écriture par « les honnêtes gens » la sodomie omniprésente, la fellation, le saphisme, le cul nu sous les robes, l’épilation intime, les piercings. Et peut-t-on assimiler la vogue actuelle du tatouage au marquage au fer rouge ? A chaque fois que je relis ces pages, les mêmes images sulfureuses, dérangeantes, émouvantes me reviennent et me troublent. Particulièrement celles de la première rencontre avec Sir Stephen  dans son salon, le pivot du livre. Par le passage à Roissy, René prépare O à être livrée soumise et consentante à Sir Stephen. En voyeur j’imagine ce que peut admirer Sir Stephen lorsque, à genoux, appuyée au sofa, la robe relevée par Renée, cuisses écartées, elle dévoile son intimité. Guido Crépax, dans sa transposition de l’histoire en BD n’imagine pas et nous offre le postérieur d’O, le sillon ouvert… Fidèle au livre, dans ses dessins les femmes sont belles tout en courbes et rondeurs et les hommes des prédateurs, maigres et durs comme des bêtes sauvages. O a aussi inspiré Just Jaeckin. Dans son film il se montre plus soft que Pauline de Réage. Toujours dans la même scène elle écrit :  … Mais les mains de Sir Stephen ouvrirent son ventre, forcèrent ses reins, la quittèrent, la reprirent, la caressèrent jusqu’à ce qu’elle gémît, humiliée de gémir, et défaite. « Je te laisse à Sir Stephen, dit alors René, reste comme tu es, il te renverra quand il voudra. » … Alors que dans le film, Sir Stephen ne fait que caresser légèrement et rapidement une fesse d’O. Corinne Clery interprète magnifiquement O, convaincante dans son acceptation du pire, si belle et si touchante dans sa fragilité.
Nicole Croisille chante
…Il me fait mal, il me bat
Mais je reviens
Car je suis heureuse avec lui
Je ne suis que de l’amour
C’est ma seule vérité
Je n’ai plus de liberté qu’aimer …
La chanson du film est de Pierre Delanoé et Pierre Bachelet.
C’est bien l’expression de l’amour fou, sublime, extraordinaire d’O pour Sir Stephen. René n’est que le rabatteur. Il prépare O et la livre à Sir Stephen pour lui plaire et lui prouver son amour. Qui écrira un jour cette histoire parallèle ?

Ma citation fétiche… Créer c’est vivre deux fois. Albert Camus.

Retrouvez Vincent Rieussec dans:
Quoi qu’il lui en coûte, dans Osez 20 histoires de punitions sexuelles (2014)
Une + une = UNE, dans Osez 20 histoires de sexe en 2050 (2014)
Le cadeau de l’été et Le prince charmant, dans Osez 20 nouvelles histoires érotiques de Noël (2013)
Ouvre, dans Osez 20 histoires de sexe entre filles (2013)
Le complexe d’Oedipe, dans Osez 20 histoires de voyeurs et d’exhibitionnistes (2013)
Mon cadeau, dans Osez 20 histoires d’amour et de sexe (2013)
Passage du Havre, dans Osez 20 histoires érotiques dans un train (2012)
Janus, dans Osez 20 histoires de sexe sur internet (2012)
Le vampire du Grand Guignol, dans Osez 20 histoires de vampires et de sexe (2012)
Pour les rondeurs de Mathilde, dans Osez 20 histoires de soumission et de domination (2011)
Le grenier, dans Osez 20 histoires de première fois (2010)

A La Musardine, dans la collection « Les interdits » du label Média 1000, Vincent Rieussec est également auteur de M’offriras-tu encore? (2010) et Amuse-toi bien (2011).

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