Carlo Vivari

(Paris)

0 CHAT JOSEPH
Quand je n’écris pas de la littérature érotique… J’exerce l’exigeant métier de correcteur-réviseur avec pour outils une pile de dictionnaires, internet et une batterie de stylos rouges. Ça se passe pendant le jour. Je fonctionne dans un groupe de presse qui a pignon (j’ai pas dit pognon) sur rue, et où on a conservé le sens des convenances. Dans les pages au style surveillé des publications du groupe en question, on trouve couramment des « Madame le ministre X », « Madame le député Y », mais jamais vous ne tomberez sur une « auteure » ou sur une « magistrate », et si vous croisez une « générale », pas à faire de salut militaire, ce n’est « que » l’épouse d’un étoilé.

Ce que m’apporte l’écriture érotique… Elle sort la nuit qui (comme a dit quelqu’un ou plutôt quelqu’une) porte jarretelles. En tout cas moi, en pyjama débraillé et charentaises, je prends tous les droits, à commencer par celui de violenter la langue française, à laquelle je n’ai pas eu le droit de toucher pendant toute la journée. Dans le noir, toutes les fautes sont d’avance pardonnées. Et je peux faire faire tout ce qui est humainement (et animalement) possible à des dames ministres, députées, auteures, magistrates, générales (galonnées ou pas) – de toute façon, le métier que j’exerce la nuit exige des personnages la plus petite tenue possible pour exécuter les galipettes que le lecteur attend. Pas moins exigeant, l’enfoiré, qu’un rédacteur en chef.

Mon tout premier souvenir érotique… J’avais 4/5 ans, je pense. Ça se passait au temps de l’Algérie française. Et comme dans toutes les familles européennes, une bonne venait tous les jours s’occuper du ménage et des enfants. (Moi, j’étais tout le temps seul : je n’avais pas de frère et sœur ; mon père travaillait, et ma mère faisait des courses). Comment s’appelait-elle ? Aïcha (pleine de vitalité) ? Aziza (chérie) ? Bettina (peau douce) ? Dalila (dorlotée) ? Djamila (belle) ? Farida (unique) ? Habiba (bien-aimée) ? Hania (tranquille) ? Khadidja (précoce) ? Latifa ? (fine) ? Nadia (tendre) ? Nour (lumière) ? Rachida (bon guide) ? Souad (félicité) ? Warda (fleur) ? Yasmina (jasmin) ? Zohra (éclat) ? Zoubida (élégante) ? Suffit. En tout cas, il s’est passé (avait-elle eu peur de me laisser seul dans l’appartement, ou bien était-elle perverse ?) qu’elle m’a emmené avec elle aux toilettes. Je n’ai pas l’image de l’instant où elle a retroussé sa abaya ? burkina ? djellaba ? gandoura ? Stop ! Une fois assise sur la cuvette, elle m’a installé sur ses genoux (en réalité, ses cuisses) – et ça, je m’en souviens, s’est mise à pisser bruyamment, longuement… un orage qui s’éternise, une monstre cataracte, un barouf du tonnerre de Zeus… Et là-dessus, j’ai très nettement senti une impression fort agréable à l’endroit du sexe : je bandais…

Mon texte érotique préféré… C’est la trilogie de Georges Bataille : Histoire de l’œil, Madame Edwarda, Le Mort (et plus généralement, l’ensemble de son œuvre romanesque, poétique et autre). Ce sont des textes si forts, si scandaleux, si exacts qu’il est difficile d’en parler comme ça… D’autres l’ont fait, et pas des moindres. On peut s’y reporter, mais il faut commencer par la lecture d’Histoire de l’œil, le plus romanesque et le plus abordable. Madame Edwarda, c’est terrible… Mais mon préféré, c’est peut-être Le Mort – clair, net et précis comme (pour parler comme lui), « la foudre ».

Ma citation fétiche… (du même) : « Trempe ton cul dans l’orage entourée d’éclairs.
C’est la foudre qui te baise un fou brame dans la nuit qui bande comme un cerf »

Retrouvez Carlo Vivari dans ses nouvelles parues dans la collection Osez 20 histoires :
Les Harengs dans Osez 20 histoires de quick sex (2010)
À première vue dans Osez 20 histoires d’amour au bureau (2011)
Le Gant de crin naturel dans Osez 20 histoires de fellation (2011)
Le Poisson dans la nasse, dans Osez 20 histoires de chasseuses d’hommes (2011)
Chair à poisson, dans Osez 20 histoires de sexe en vacances (2011)
Gaspard, Balthazar, Moktar, Boubakar, dans Osez 20 histoires érotiques de Noël (2011)
La DRH, dans Osez 20 histoires de soumission et de domination (2011)
Léopold, dans Osez 20 histoires de sextoys (2012)
Un Ulysse de banlieue, dans Osez 20 histoires érotiques dans un train (2012)
A noir, dans Osez 20 histoires de voyeurs et d’exhibitionnistes (2013)
La dolce vita, dans Osez 20 histoires de punitions sexuelles (2014)

 

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