L’embrasseur virtuel

« Ca te dirait qu’on bascule dans le réel ? »… « Et si nous sortions du virtuel ? »…

Je n’ai jamais compris cette séparation communément admise entre « virtuel » et « réel » sur les sites de rencontres en ligne, du moins pour ceux que j’ai déjà fréquentés (Meetic, Adopte un mec, Net échangisme…). La règle est la suivante : tant que la rencontre physique n’a pas eu lieu, la relation est de l’ordre du virtuel. On passe dans le réel dès lors qu’on se donne rendez-vous, c’est-à-dire que l’on se voit (et qu’on s’entend, et éventuellement qu’on se touche).

La limite semble donc incarnée tout d’abord par les sens de l’ouïe et de la vue. Pour autant, la plupart des utilisateurs de ce genre de sites considèrent que se téléphoner, ce n’est pas « passer dans le réel ». De même, se montrer des photos, voire se dandiner derrière une webcam n’est pas non plus de l’ordre du réel.

Certaines voix dans mon oreille suffisent pourtant à me créer des sensations bien réelles, de même que certaines photos, et même certains écrits : il me suffit parfois d’un mail bien troussé pour éprouver le plus vif désir pour son auteur (mesures hygrométriques à l’appui), quand bien même n’aurais-je aucune idée de son physique.

A l’inverse, la petite mascarade sociale à laquelle se livrent immanquablement les gens qui se rencontrent pour la première fois via un site internet m’a paru, presque à chaque fois que je l’ai vécue, relever de la plus opaque virtualité tant elle relevait du pantomime (grotesque de surcroît).

Je découvre toutefois, depuis que j’utilise Facebook, une nouvelle acception de la notion de virtualité que pour le coup, il ne me viendrait pas à l’idée de contredire. Elle s’incarne dans un profil très particulier de dragueur on line : l’embrasseur virtuel.

Il s’agit le plus souvent d’un homme, qui, sans avoir pris la peine de m’envoyer un seul mot (pas même un bonjour, pas même un lol), m’informe, en l’écrivant sur mon « mur », qu’il m’embrasse:

Plus élégant est celui qui, soucieux tout de même de mon consentement à défaut des règles de politesse qui consistent à dire au minimum bonjour aux dames que l’on souhaite embrasser, me demande la permission d’un baiser via « l’application bisou ». Comme par exemple, ce monsieur persévérant, qui m’a déjà envoyé cinq invitations de ce type :

Les filles ne sont pas en reste, dans un registre plus allumeuse, telle cette demoiselle, qui m’écrit :

Fais moi plaisir, offres moi un orgasme :
http://www.facebook.com/pages/Don-dorgasmes/108720149163129
Deviens fan et recois ta carte de donneur d’orgasmes !!!
C’est énorme !!!

Tout ce petit monde s’embrasse, s’enlace (je suis également très sollicitée via « l’application câlin »), se donne des orgasmes sans la moindre communication, dans une gigantesque partouze virtuelle qu’on pourrait croire bon enfant, mais qui cesse de l’être dès lors qu’on refuse de se joindre à la fête :

« ey pkoi tu répon pa qd je te fédé bizoo ? » (textuel).

Parce que tu as une petite bite, chéri. Et pourtant je ne l’ai pas vue. Mais je le sais. Magie du virtuel…

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2 réponses à L’embrasseur virtuel

  1. Marie dit :

    Tant que c’est pas une application éjac’ faciale…

  2. Vallisnéria dit :

    J’aime bien cet article
    les définitions de « relation réelle » par opposition à « relation virtuelle » m’ont toujours fait tiquer
    De toutes façons, je n’aime pas le mot « virtualité ». Enfin plus exactement, je n’aime pas le sens qu’on lui donne – comme qq chose qui n’existerait pas vraiment … Les relations qui se construisent à travers et au-delà de l’écran, elles ne sont pas réelles, peut être ? Et les personnes qui sont devant l’écran, c’est quoi ? Des fantômes ?

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